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La vérité n'est point faite par l'homme, comme le voudraient les "relativistes" et les "subjectivistes" modernes, mais elle s'impose au contraire à lui, non pas cependant "du dehors" à la façon d'une contrainte "physique", mais en réalité "du dedans", parce que l'homme n'est évidemment obligé de la "reconnaître" comme vérité que si tout d'abord il la "connaît", c'est-à-dire si elle a pénétré en lui et s'il se l'est assimilé réellement.

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Mardi 5 juin 2007

« Nous devons déclarer tout d’abord que, quand nous employons le terme de « métaphysique » comme nous le faisons, peu nous importe son origine historique, qui est quelque peu douteuse, et qui serait purement fortuite s’il fallait admettre l’opinion, d’ailleurs assez peu vraisemblable à nos yeux, d’après laquelle il aurait servi tout d’abord à désigner simplement ce qui venait « après la physique » dans la collection des œuvres d’Aristote. Nous n’avons pas d’avantage à nous préoccuper des acceptions diverses et plus ou moins abusives que certains ont pu juger bon d’attribuer à ce mot à une époque ou à une autre ; ce ne sont point là des motifs suffisant pour nous le faire abandonner, car, tel qu’il est, il est trop bien approprié à ce qu’il doit normalement désigner, autant du moins que peut l’être un terme emprunté aux langues occidentales. En effet, son sens le plus naturel, même étymologiquement, est celui suivant lequel il désigne ce qui est « au-delà de la physique », en entendant d’ailleurs ici par « physique », comme le faisaient toujours les anciens, l’ensemble de toutes les sciences de la nature, envisagé d’une façon tout à fait générale, et non pas simplement une de ces sciences en particulier, selon l’acception restreinte qui est propre aux modernes. C’est donc avec cette interprétation que nous prenons ce terme de métaphysique »

  1.  

  2. « la métaphysique comprend tout » « Le domaine de la métaphysique est essentiellement constitué par de dont il n’y a aucune expérience possible : étant « au delà de la physique », nous sommes aussi, et par là même, au delà de l’expérience »
  3.  

  4. « son objet est essentiellement un, ou plus exactement « sans dualité », (…) et cet objet, toujours par là même qu’il est « au delà de la nature », est aussi au delà du changement »
  5.  

  6. « la métaphysique, ainsi comprise, est essentiellement la connaissance de l’universel, ou, si l’on veut, des principes d’ordre universel, auxquels seuls convient d’ailleurs proprement ce nom de principes » p.96 « Cette connaissance d’ordre universel doit être au delà de toutes les distinctions qui conditionnent la connaissance des choses individuelles, et dont celle du sujet et de l’objet est le type général et fondamental »
  7.  

  8. « la métaphysique (…) doit impliquer la certitude absolue comme caractère intrinsèque » « La métaphysique exclut donc nécessairement toute conception d’un caractère hypothétique, d’où il résulte que les vérités métaphysiques, en elles-mêmes, ne sauraient être aucunement contestables ; par suite, s’il peut y avoir lieu parfois à discussion et à controverse, ce ne sera jamais que par l’effet d’une exposition défectueuse ou d’une compréhension imparfaite de ces vérités.»
  1.  

  2. « la métaphysique ne peut s’étudier que métaphysiquement. » «De même, si l’on veut parler du moyen de la connaissance métaphysique, ce moyen ne pourra faire qu’un avec la connaissance même, en laquelle le sujet et l’objet sont essentiellement unifiés ; c’est à dire que ce moyen (…) ne peut être rien de tel que l’exercice d’une faculté discursive comme la raison humaine individuelle. » « il n’ y a absolument pas de découvertes possibles en métaphysique, car, dès lors qu’il s’agit d’un mode de connaissance qui n’a recours à l’emploi d’aucun moyen spécial et extérieur d’investigation, tout ce qui est susceptible d’être connu peut l’avoir été également par certains hommes à toutes les époques » p.99 « le point de vue métaphysique lui-même s’oppose radicalement au point de vue historique, (…) parce que le point de vue métaphysique, dans son immutabilité essentielle, est la négation même des idées d’évolution et de progrès. »
  3.  

     

    5.1) « il ne saurait y avoir d’opposition ou de conflit d’aucune sorte entre la métaphysique et les sciences, précisément parce que leurs domaines respectifs sont profondément séparés» « [la connaissance métaphysique] relève de l’intellect pur, qui a pour domaine l’universel ; [la connaissance scientifique] relève de la raison, qui a pour domaine le général  (…) le général ne s’oppose point à l’individuel, mais seulement au particulier, et il est en réalité, de l’individuel étendu ; mais l’individuel peut recevoir une extension, même indéfinie, sans perdre pour cela sa nature et sans sortir de ses conditions restrictives et limitatives, et c’est pourquoi nous disons que la science pourrait s’étendre indéfiniment sans jamais rejoindre la métaphysique, dont elle demeurera toujours aussi profondément séparée, parce qu’il n’y a que la métaphysique qui soit la connaissance de l’universel.»

     

    5.2) «…et il en est exactement de même, du reste, à l’égard de la religion » « Tandis que le point de vue religieux implique essentiellement l’intervention d’un élément d’ordre sentimental, le point de vue métaphysique est exclusivement intellectuel »

     

    5.3) « la métaphysique ne saurait être contraire à la raison , mais elle est au-dessus de la raison, qui ne peut intervenir là que d’une façon toute secondaire, pour la formulation et l’expression extérieure de ces vérités qui dépassent son domaine et sa portée. » « Les vérités métaphysiques ne peuvent être conçues que par une faculté qui n’est plus de l’ordre individuel, et que le caractère immédiat de son opération permet d’appeler intuitive, (…) la faculté dont nous parlons ici est l’intuition intellectuelle [intellect pur] » « [il] est nécessairement infaillible par là même que son opération est immédiate, et, n’étant point réellement distinct de son objet, il ne fait qu’un avec la vérité même. Tel est le fondement de la certitude métaphysique ; et l’on voit par là que l’erreur ne peut s’introduire qu’avec l’usage de la raison, c’est-à-dire dans la formulation des vérités conçues par l’intellect, et cela parce que la raison est évidemment infaillible par suite de son caractère discursif et médiat. »

     

  4. « la métaphysique (…) doit impliquer la certitude absolue comme caractère intrinsèque » « La métaphysique exclut donc nécessairement toute conception d’un caractère hypothétique, d’où il résulte que les vérités métaphysiques, en elles-mêmes, ne sauraient être aucunement contestables ; par suite, s’il peut y avoir lieu parfois à discussion et à controverse, ce ne sera jamais que par l’effet d’une exposition défectueuse ou d’une compréhension imparfaite de ces vérités.»
  5.  

  6. «les conceptions métaphysiques , par leur nature universelle, ne sont jamais totalement exprimables, ni même imaginables, ne pouvant être atteintes dans leur essence que par l’intelligence pure et « informelles » ; elles dépassent immensément toutes les formes possibles, et spécialement les formules où le langage voudrait les enfermer, formules toujours inadéquates qui tendent à les restreindre, et par là à les dénaturer. Ces formules, comme tous les symboles, ne peuvent que servir de point de départ, de « support » pour ainsi dire, pour aider à concevoir ce qui demeure inexprimable en soi, et c’est à chacun de s’efforcer de le concevoir effectivement selon la mesure de sa propre capacité intellectuelle, suppléant ainsi, dans cette même mesure précisément, aux imperfections fatales de l’expression formelle et limitée ». « la métaphysique, parce qu’elle s’ouvre sur des possibilités illimitées, doit toujours réserver la part de l’inexprimable, qui, au fond, est même pour elle tout l’essentiel. »
Par René Guénon
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Lundi 4 juin 2007

« Nous devons avouer que nous ne nous sommes jamais senti aucune inclination pour traiter spécialement ce sujet, pour plusieurs raisons diverses, dont la première est l’obscurité presque impénétrable qui entoure tout ce qui se rapporte aux origines et aux premiers temps du Christianisme, obscurité telle que, si l’on réfléchit bien, elle paraît ne pas pouvoir être simplement accidentelle et avoir été expressément voulue* (…) »

 

« (…) loin de n’être que la religion ou tradition exotérique que l’on connaît actuellement sous ce nom, le Christianisme, à ses origines, avait, tant par ses rites que par sa doctrine, un caractère essentiellement ésotérique, et par conséquent initiatique.

On peut en trouver une confirmation dans le fait que la tradition islamique considère le Christianisme primitif comme ayant été proprement une tarîqah, c’est-à-dire en somme une voie initiatique, et non une shariyah ou une législation d’ordre social et s’adressant à tous ; et cela est tellement vrai que, par la suite, on dut y suppléer par la constitution d’un droit « canonique » qui ne fut en réalité qu’une adaptation de l’ancien droit romain, donc quelque chose qui vint entièrement du dehors, et non point un développement de ce qui était contenu tout d’abord dans le Christianisme lui-même. »

 

Question : *Comment les sacrements à caractère initiatique ont-ils pu perdre ce caractère ? puisque le caractère initiatique est permanent et immuable, qu’il ne saurait jamais être effacé.

Réponse : « la permanence du caractère initiatique s’applique aux êtres humains qui le possèdent, et non pas à des rites ou à l’action de l’influence spirituelle à laquelle ceux-ci sont destinés à servir de véhicule »

Ainsi : «  L’influence qui opère par le moyen des sacrements chrétiens, après avoir agit tout d’abord dans l’ordre initiatique, a ensuite, dans d’autres conditions et pour des raisons dépendant de ces conditions mêmes, fait descendre son action dans le domaine simplement religieux et exotérique, de telle sorte que ses effets ont été dès lors limités à certaines possibilités d’ordre exclusivement individuel, ayant pour terme le « salut », et cela tout en conservant cependant, quant aux apparences extérieures, les mêmes supports rituels, parce que ceux-ci étaient d’institution christique et que sans eux il n’y aurait même plus eu de tradition proprement chrétienne. »

« Cette ‘descente’ [du Christianisme dans le domaine exotérique] a eu un caractère véritablement ‘providentiel’, puisqu’elle évita à l’Occident de tomber dès cette époque dans un état qui eût été en somme comparable à celui où il se trouve actuellement. »

Et, « sous ce rapport, on pourrait dire que le passage de l’ésotérisme à l’exotérisme constituait ici un véritable ‘sacrifice’, ce qui est d’ailleurs vrai de toute descente de l’esprit. »

Conséquences :

1) Le Christianisme devint une religion – au sens propre du mot ;

que le Concile de Nicée n’eut qu’à « sanctionner » en inaugurant l’ère des formulations « dogmatiques » destinées à constituer une présentation purement exotérique de la doctrine.

2) Les vérités d’ordre proprement ésotérique ne pouvaient plus être présentées que comme des « mystères »2… c’est-à-dire que, aux yeux du commun, elles ne devaient pas tarder à apparaître comme quelque chose qu’il était impossible de comprendre, voire même interdit de chercher à approfondir 1.

Cependant :

« Restait encore la possibilité qu’il subsistât, en son intérieur, une initiation spécifiquement chrétienne pour l’élite qui ne pouvait s’en tenir au seul point de vue de l’exotérisme et s’enfermer dans les limitations qui sont inhérentes à celui-ci. »

 

 

 

 


Sacrements chrétiens et Rites d’initiation

 

« Parmi les rites chrétiens, ou plus précisément parmi les sacrements qui en constituent la partie la plus essentielle, ceux qui présentent la plus grande similitude avec des rites d’initiation, et qui par conséquent doivent en être regardés comme l’ « extériorisation » s’ils ont eu effectivement ce caractère à l’origine, sont naturellement ceux qui ne peuvent être reçus qu’une seule fois »

 

Mais ces sacrements n’ont plus rien de commun avec des rites conférant l’initiation, même simplement virtuelle ! Ils ne peuvent dispenser d’un rattachement initiatique régulier ceux qui prétendent à l’initiation.

Autrement, « comment pourrait-on expliquer l’existence d’organisations initiatiques spécifiquement chrétiennes, telles qu’il y en eut incontestablement pendant tout le moyen âge, et quelle pourrait bien être alors leur raison d’être, puisque leurs rites particuliers feraient en quelque sorte double emploi avec les rites ordinaires du Christianisme ? »

 

Est-ce à dire que les sacrements n’ayant plus aucun caractère initiatique, ils ne sauraient avoir des effets de cet ordre ?

Non ! Car « partout où il existe des initiations relevant spécialement d’une forme traditionnelle déterminée et prenant pour base l’exotérisme même de celle-ci, les rites exotériques peuvent, pour ceux qui ont reçu une telle initiation, être transposés en quelque sorte dans un autre ordre, en ce sens qu’ils s’en serviront comme d’un support pour le travail initiatique lui-même, et que par conséquent, pour eux, les effets n’en seront plus limités au seul ordre exotérique comme ils le sont pour la généralité des adhérents de la même forme traditionnelle ; »

« en cela, il en est du Christianisme comme de toute autre tradition, dès lors qu’il y a eu une initiation proprement chrétienne. »

 

En conclusion :

 

« En dépit des origines initiatiques du Christianisme, celui-ci, dans son état actuel, n’est certainement rien d’autre qu’une religion, c’est-à-dire une tradition d’ordre exclusivement exotérique, et il n’a pas en lui-même d’autres possibilités que celles de tout exotérisme ; il ne le prétend d’ailleurs aucunement, puisqu’il n’y est jamais question d’autre chose que d’obtenir le ‘salut’. Une initiation peut naturellement s’y superposer, et elle le devrait même normalement pour que la tradition soit véritablement complète, possédant effectivement les deux aspects exotérique et ésotérique ; mais, dans sa forme occidentale tout au moins, cette initiation, en fait n’existe plus présentement ».

1 « Par conséquent, tout ce qui pouvait faire connaître ou seulement soupçonner ce qu’avait été réellement le Christianisme à ses débuts devait être recouvert pour eux d’un voile impénétrable. »

2 « A vrai dire, l’existence même de ces ‘mystères’ serait tout à fait injustifiable si l’on n’admettait pas le caractère ésotérique du Christianisme originel ; en tenant compte de celui-ci, au contraire, elle apparaît comme une conséquence normale et inévitable de l’ « extériorisation » par laquelle le Christianisme, tout en conservant la même forme quant aux apparences, dans sa doctrine aussi bien que dans ses rites, est devenu la tradition exotérique et spécifiquement religieuse que nous connaissons aujourd’hui. »

Par René Guénon
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