« Nous devons déclarer tout d’abord que, quand nous employons le terme de « métaphysique » comme nous le faisons, peu nous importe son origine historique, qui est quelque peu douteuse, et qui serait purement fortuite s’il fallait admettre l’opinion, d’ailleurs assez peu vraisemblable à nos yeux, d’après laquelle il aurait servi tout d’abord à désigner simplement ce qui venait « après la physique » dans la collection des œuvres d’Aristote. Nous n’avons pas d’avantage à nous préoccuper des acceptions diverses et plus ou moins abusives que certains ont pu juger bon d’attribuer à ce mot à une époque ou à une autre ; ce ne sont point là des motifs suffisant pour nous le faire abandonner, car, tel qu’il est, il est trop bien approprié à ce qu’il doit normalement désigner, autant du moins que peut l’être un terme emprunté aux langues occidentales. En effet, son sens le plus naturel, même étymologiquement, est celui suivant lequel il désigne ce qui est « au-delà de la physique », en entendant d’ailleurs ici par « physique », comme le faisaient toujours les anciens, l’ensemble de toutes les sciences de la nature, envisagé d’une façon tout à fait générale, et non pas simplement une de ces sciences en particulier, selon l’acception restreinte qui est propre aux modernes. C’est donc avec cette interprétation que nous prenons ce terme de métaphysique »
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« la métaphysique comprend tout » « Le domaine de la métaphysique est essentiellement constitué par de dont il n’y a aucune expérience possible : étant « au delà de la physique », nous sommes aussi, et par là même, au delà de l’expérience »
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« son objet est essentiellement un, ou plus exactement « sans dualité », (…) et cet objet, toujours par là même qu’il est « au delà de la nature », est aussi au delà du changement »
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« la métaphysique, ainsi comprise, est essentiellement la connaissance de l’universel, ou, si l’on veut, des principes d’ordre universel, auxquels seuls convient d’ailleurs proprement ce nom de principes » p.96 « Cette connaissance d’ordre universel doit être au delà de toutes les distinctions qui conditionnent la connaissance des choses individuelles, et dont celle du sujet et de l’objet est le type général et fondamental »
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« la métaphysique (…) doit impliquer la certitude absolue comme caractère intrinsèque » « La métaphysique exclut donc nécessairement toute conception d’un caractère hypothétique, d’où il résulte que les vérités métaphysiques, en elles-mêmes, ne sauraient être aucunement contestables ; par suite, s’il peut y avoir lieu parfois à discussion et à controverse, ce ne sera jamais que par l’effet d’une exposition défectueuse ou d’une compréhension imparfaite de ces vérités.»
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« la métaphysique ne peut s’étudier que métaphysiquement. » «De même, si l’on veut parler du moyen de la connaissance métaphysique, ce moyen ne pourra faire qu’un avec la connaissance même, en laquelle le sujet et l’objet sont essentiellement unifiés ; c’est à dire que ce moyen (…) ne peut être rien de tel que l’exercice d’une faculté discursive comme la raison humaine individuelle. » « il n’ y a absolument pas de découvertes possibles en métaphysique, car, dès lors qu’il s’agit d’un mode de connaissance qui n’a recours à l’emploi d’aucun moyen spécial et extérieur d’investigation, tout ce qui est susceptible d’être connu peut l’avoir été également par certains hommes à toutes les époques » p.99 « le point de vue métaphysique lui-même s’oppose radicalement au point de vue historique, (…) parce que le point de vue métaphysique, dans son immutabilité essentielle, est la négation même des idées d’évolution et de progrès. »
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5.1) « il ne saurait y avoir d’opposition ou de conflit d’aucune sorte entre la métaphysique et les sciences, précisément parce que leurs domaines respectifs sont profondément séparés» « [la connaissance métaphysique] relève de l’intellect pur, qui a pour domaine l’universel ; [la connaissance scientifique] relève de la raison, qui a pour domaine le général (…) le général ne s’oppose point à l’individuel, mais seulement au particulier, et il est en réalité, de l’individuel étendu ; mais l’individuel peut recevoir une extension, même indéfinie, sans perdre pour cela sa nature et sans sortir de ses conditions restrictives et limitatives, et c’est pourquoi nous disons que la science pourrait s’étendre indéfiniment sans jamais rejoindre la métaphysique, dont elle demeurera toujours aussi profondément séparée, parce qu’il n’y a que la métaphysique qui soit la connaissance de l’universel.»
5.2) «…et il en est exactement de même, du reste, à l’égard de la religion » « Tandis que le point de vue religieux implique essentiellement l’intervention d’un élément d’ordre sentimental, le point de vue métaphysique est exclusivement intellectuel »
5.3) « la métaphysique ne saurait être contraire à la raison , mais elle est au-dessus de la raison, qui ne peut intervenir là que d’une façon toute secondaire, pour la formulation et l’expression extérieure de ces vérités qui dépassent son domaine et sa portée. » « Les vérités métaphysiques ne peuvent être conçues que par une faculté qui n’est plus de l’ordre individuel, et que le caractère immédiat de son opération permet d’appeler intuitive, (…) la faculté dont nous parlons ici est l’intuition intellectuelle [intellect pur] » « [il] est nécessairement infaillible par là même que son opération est immédiate, et, n’étant point réellement distinct de son objet, il ne fait qu’un avec la vérité même. Tel est le fondement de la certitude métaphysique ; et l’on voit par là que l’erreur ne peut s’introduire qu’avec l’usage de la raison, c’est-à-dire dans la formulation des vérités conçues par l’intellect, et cela parce que la raison est évidemment infaillible par suite de son caractère discursif et médiat. »
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« la métaphysique (…) doit impliquer la certitude absolue comme caractère intrinsèque » « La métaphysique exclut donc nécessairement toute conception d’un caractère hypothétique, d’où il résulte que les vérités métaphysiques, en elles-mêmes, ne sauraient être aucunement contestables ; par suite, s’il peut y avoir lieu parfois à discussion et à controverse, ce ne sera jamais que par l’effet d’une exposition défectueuse ou d’une compréhension imparfaite de ces vérités.»
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«les conceptions métaphysiques , par leur nature universelle, ne sont jamais totalement exprimables, ni même imaginables, ne pouvant être atteintes dans leur essence que par l’intelligence pure et « informelles » ; elles dépassent immensément toutes les formes possibles, et spécialement les formules où le langage voudrait les enfermer, formules toujours inadéquates qui tendent à les restreindre, et par là à les dénaturer. Ces formules, comme tous les symboles, ne peuvent que servir de point de départ, de « support » pour ainsi dire, pour aider à concevoir ce qui demeure inexprimable en soi, et c’est à chacun de s’efforcer de le concevoir effectivement selon la mesure de sa propre capacité intellectuelle, suppléant ainsi, dans cette même mesure précisément, aux imperfections fatales de l’expression formelle et limitée ». « la métaphysique, parce qu’elle s’ouvre sur des possibilités illimitées, doit toujours réserver la part de l’inexprimable, qui, au fond, est même pour elle tout l’essentiel. »

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