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La vérité n'est point faite par l'homme, comme le voudraient les "relativistes" et les "subjectivistes" modernes, mais elle s'impose au contraire à lui, non pas cependant "du dehors" à la façon d'une contrainte "physique", mais en réalité "du dedans", parce que l'homme n'est évidemment obligé de la "reconnaître" comme vérité que si tout d'abord il la "connaît", c'est-à-dire si elle a pénétré en lui et s'il se l'est assimilé réellement.

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Lundi 4 juin 2007

« Nous devons avouer que nous ne nous sommes jamais senti aucune inclination pour traiter spécialement ce sujet, pour plusieurs raisons diverses, dont la première est l’obscurité presque impénétrable qui entoure tout ce qui se rapporte aux origines et aux premiers temps du Christianisme, obscurité telle que, si l’on réfléchit bien, elle paraît ne pas pouvoir être simplement accidentelle et avoir été expressément voulue* (…) »

 

« (…) loin de n’être que la religion ou tradition exotérique que l’on connaît actuellement sous ce nom, le Christianisme, à ses origines, avait, tant par ses rites que par sa doctrine, un caractère essentiellement ésotérique, et par conséquent initiatique.

On peut en trouver une confirmation dans le fait que la tradition islamique considère le Christianisme primitif comme ayant été proprement une tarîqah, c’est-à-dire en somme une voie initiatique, et non une shariyah ou une législation d’ordre social et s’adressant à tous ; et cela est tellement vrai que, par la suite, on dut y suppléer par la constitution d’un droit « canonique » qui ne fut en réalité qu’une adaptation de l’ancien droit romain, donc quelque chose qui vint entièrement du dehors, et non point un développement de ce qui était contenu tout d’abord dans le Christianisme lui-même. »

 

Question : *Comment les sacrements à caractère initiatique ont-ils pu perdre ce caractère ? puisque le caractère initiatique est permanent et immuable, qu’il ne saurait jamais être effacé.

Réponse : « la permanence du caractère initiatique s’applique aux êtres humains qui le possèdent, et non pas à des rites ou à l’action de l’influence spirituelle à laquelle ceux-ci sont destinés à servir de véhicule »

Ainsi : «  L’influence qui opère par le moyen des sacrements chrétiens, après avoir agit tout d’abord dans l’ordre initiatique, a ensuite, dans d’autres conditions et pour des raisons dépendant de ces conditions mêmes, fait descendre son action dans le domaine simplement religieux et exotérique, de telle sorte que ses effets ont été dès lors limités à certaines possibilités d’ordre exclusivement individuel, ayant pour terme le « salut », et cela tout en conservant cependant, quant aux apparences extérieures, les mêmes supports rituels, parce que ceux-ci étaient d’institution christique et que sans eux il n’y aurait même plus eu de tradition proprement chrétienne. »

« Cette ‘descente’ [du Christianisme dans le domaine exotérique] a eu un caractère véritablement ‘providentiel’, puisqu’elle évita à l’Occident de tomber dès cette époque dans un état qui eût été en somme comparable à celui où il se trouve actuellement. »

Et, « sous ce rapport, on pourrait dire que le passage de l’ésotérisme à l’exotérisme constituait ici un véritable ‘sacrifice’, ce qui est d’ailleurs vrai de toute descente de l’esprit. »

Conséquences :

1) Le Christianisme devint une religion – au sens propre du mot ;

que le Concile de Nicée n’eut qu’à « sanctionner » en inaugurant l’ère des formulations « dogmatiques » destinées à constituer une présentation purement exotérique de la doctrine.

2) Les vérités d’ordre proprement ésotérique ne pouvaient plus être présentées que comme des « mystères »2… c’est-à-dire que, aux yeux du commun, elles ne devaient pas tarder à apparaître comme quelque chose qu’il était impossible de comprendre, voire même interdit de chercher à approfondir 1.

Cependant :

« Restait encore la possibilité qu’il subsistât, en son intérieur, une initiation spécifiquement chrétienne pour l’élite qui ne pouvait s’en tenir au seul point de vue de l’exotérisme et s’enfermer dans les limitations qui sont inhérentes à celui-ci. »

 

 

 

 


Sacrements chrétiens et Rites d’initiation

 

« Parmi les rites chrétiens, ou plus précisément parmi les sacrements qui en constituent la partie la plus essentielle, ceux qui présentent la plus grande similitude avec des rites d’initiation, et qui par conséquent doivent en être regardés comme l’ « extériorisation » s’ils ont eu effectivement ce caractère à l’origine, sont naturellement ceux qui ne peuvent être reçus qu’une seule fois »

 

Mais ces sacrements n’ont plus rien de commun avec des rites conférant l’initiation, même simplement virtuelle ! Ils ne peuvent dispenser d’un rattachement initiatique régulier ceux qui prétendent à l’initiation.

Autrement, « comment pourrait-on expliquer l’existence d’organisations initiatiques spécifiquement chrétiennes, telles qu’il y en eut incontestablement pendant tout le moyen âge, et quelle pourrait bien être alors leur raison d’être, puisque leurs rites particuliers feraient en quelque sorte double emploi avec les rites ordinaires du Christianisme ? »

 

Est-ce à dire que les sacrements n’ayant plus aucun caractère initiatique, ils ne sauraient avoir des effets de cet ordre ?

Non ! Car « partout où il existe des initiations relevant spécialement d’une forme traditionnelle déterminée et prenant pour base l’exotérisme même de celle-ci, les rites exotériques peuvent, pour ceux qui ont reçu une telle initiation, être transposés en quelque sorte dans un autre ordre, en ce sens qu’ils s’en serviront comme d’un support pour le travail initiatique lui-même, et que par conséquent, pour eux, les effets n’en seront plus limités au seul ordre exotérique comme ils le sont pour la généralité des adhérents de la même forme traditionnelle ; »

« en cela, il en est du Christianisme comme de toute autre tradition, dès lors qu’il y a eu une initiation proprement chrétienne. »

 

En conclusion :

 

« En dépit des origines initiatiques du Christianisme, celui-ci, dans son état actuel, n’est certainement rien d’autre qu’une religion, c’est-à-dire une tradition d’ordre exclusivement exotérique, et il n’a pas en lui-même d’autres possibilités que celles de tout exotérisme ; il ne le prétend d’ailleurs aucunement, puisqu’il n’y est jamais question d’autre chose que d’obtenir le ‘salut’. Une initiation peut naturellement s’y superposer, et elle le devrait même normalement pour que la tradition soit véritablement complète, possédant effectivement les deux aspects exotérique et ésotérique ; mais, dans sa forme occidentale tout au moins, cette initiation, en fait n’existe plus présentement ».

1 « Par conséquent, tout ce qui pouvait faire connaître ou seulement soupçonner ce qu’avait été réellement le Christianisme à ses débuts devait être recouvert pour eux d’un voile impénétrable. »

2 « A vrai dire, l’existence même de ces ‘mystères’ serait tout à fait injustifiable si l’on n’admettait pas le caractère ésotérique du Christianisme originel ; en tenant compte de celui-ci, au contraire, elle apparaît comme une conséquence normale et inévitable de l’ « extériorisation » par laquelle le Christianisme, tout en conservant la même forme quant aux apparences, dans sa doctrine aussi bien que dans ses rites, est devenu la tradition exotérique et spécifiquement religieuse que nous connaissons aujourd’hui. »

Par René Guénon
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